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2004, Raphaël attaque le deuxième épisode de la tournée entamée avec la sortie de “la Réalité“. Et au fil des routes de France, parcourues en tous sens, avec quelques échappées hors-frontière, au fil des nuits sans sommeil et des voyages en bus, les concerts s’enrichissent peu à peu de divers inédits…

Certaines se retrouvent donc logiquement sur “Caravane”, comme “Caravane” (Bataclan – Mai 2004), “C’est bon aujourd’hui”, “Les petits bateaux” ou encore “La ballade du pauvre” (Bataclan aussi). On y rencontre aussi “Route de Nuit”, initialement écrite pour Dani. Il retrouve aussi Gérard Manset (déjà auteur de “Etre Rimbaud” sur “La réalité” qui lui écrit les paroles de “Peut-être a-t’il rêvé ?”.

Février 2005, quelques mots envoyés par mail. Raphaël donne quelques infos sur Caravane.

Pour ce qui est des musiciens on y retrouvera notamment, entre autres, les compagnons de scène de Raphaël : Thomas Semence à la guitare et Alain Verderosa à la basse, mais également Richard Kolinka (ex-Téléphone) ou Mathieu Rabaté à la batterie, ainsi que Mike Garson (musicien de David Bowie) ou Albin de la Simone au piano.

Ce que Raphaël en dit : “Caravane” est tout autant dedié à la vie que “La Réalité” l’était au rêve. Je crois que c’est un disque un peu vagabond et j’espère assez charnel aussi ; et pas mal different du précédent.

La partie graphique et visuelle, elle, est confiée au photographe renommé Jean-Baptiste Mondino. Ce dernier a également réalisé des video-clips notamment pour Madonna, Björk (Violently happy) ou bien encore David Bowie.

Le titre passe par ailleurs très rapidement en radio (vers la mi-février), et suscite pas mal d’engouement, que ce soit sur les antennes musicales “généralistes” (NRJ, Europe 2…), ou plus pointues (France Inter, Oui FM…).

A noter également qu’une version “Collector” de l’album est disponible, accompagnée d’un bonus DVD sur l’enregistrement de l’album, réalisé par Caroline Manset, également manageuse de Raphaël.

Mars 2005. Le clip de Caravane est désormais tourné. Raphaël et Mélanie Thierry sur un toit neigeux de Paris sous l’oeil attentif de la caméra inspirée d‘Olivier Dahan.

Caravane

Est-ce que j’en ai les larmes aux yeux
Que nos mains ne tiennent plus ensemble
Moi aussi je tremble un peu
Est-ce que je ne vais plus attendre

Est-ce qu’on va reprendre la route
Est-ce que nous sommes proches de la nuit
Est-ce que ce monde a le vertige
Est-ce qu’on sera un jour puni

Est-ce que je rampe comme un enfant
Est-ce que je n’ai plus de chemise
C’est le Bon Dieu qui nous fait
C’est le Bon Dieu qui nous brise

Est-ce que rien ne peut arriver
Puisqu’il faut qu’il y ait une justice
Je suis né dans cette caravane
Et nous partons allez viens
Allez viens

Et parce que ma peau est la seule que j’ai
Que bientôt mes os seront dans le vent
Je suis né dans cette caravane
Et nous partons allez viens
Allez viens

Allez viens

Ne partons pas fachés

Bien sur qu’on a perdu la guerre, bien sur que je le reconnais
bien sur la vie nous mets le compte, bien la vie c’est une enclume
bien sur que j’aimerais bien te montrer qu’ailleurs on ferait pas que fuir
et bien sur j’ai pas les moyens et quand les poches sont vides alors allons rire

Ne partons pas fâchés, ça n’en vaut pas la peine

Bien sur que les montagnes sont belles, bien sur qu’il y a des vallées
Et les enfants sautent sur les mines, bien sur dans une autre vallée
Bien sur que les poissons ont froids à se traîner la dans la mer
Bien sur que j’ai encore en moi comme un veau avalé de travers

Ne partons pas fâchés, ça n’en vaut pas la peine tu sais

Bien sur j’ai la ville dans le ventre, bien sur j’ai vendu ma moto
bien sur je te trouve très jolie, j’ai vraiment envie de te sauter
bien sur la vie nous fait offense bien sur la vie nous fait misère
on ira aussi vite que le vent, même si on a bien souvent ramper

Ne partons pas fâchés, ça n’en vaut pas la peine tu sais

Nan nan nan
non non non non

Bien sur que je te trouve très belle, bien sur je t’emmènerai à la mer
y’a rien d’autre a faire qu’à se saouler, attendre le jugement dernier
Transplanter la haut dans le Ciel, y parait que c’est pas pareil !
y parait que la vie n’es jamais aussi belle que dans tes rêves que dans tes rêves

Et si l’on ne fait rien,
Ne partons pas fâchés, ça n’en vaut pas la peine
Y parait que les petits moineaux…
Petit petit petit petit

c’est  bon aujourd’hui
C’est bon aujourd’hui d’être en vie
sur la même terre que toi
et j’ai vidé mon compte
et les nuages passent

C’est bon aujourd’hui d’être en vie
de voir les petits enfants
et de sentir ta peau
près de moi
cherchant la caresse

C’est bon aujourd’hui d’être en vie
plutôt que d’être raide mort
j’ai mis du vent dans mes poumons
j’en prendrais bien encore pour cent ans

Viens près que je t’embrasse
et le ciel est noir

C’est bon aujourd’hui d’être en vie
et ce que disent les médecins
ça ne tient que si on y croit
et moi tu sais
que je ne crois en rien

C’est bon aujourd’hui d’être en vie
j’aime bien cette cigarette
les rires sont bien là dans ma tête
Il n’y a rien que je regrette

Chanson pour Patrick Deweare

Et toi j’ te connais pas mais t’es plus ma copine
et tous les jours et les semaines
et tu me fais vraiment de la peine non
regarde les autres comme ils s’aiment
et moi je connais un bon coin
où on pourrait s’embrasser
et je te veux rien, allez viens

Et la vie va grand train de l’autre côté
c’est pas ma faute à moi si je sais pas gagner
regarde comment j’ dors plus la nuit
je sais même plus mon nom
et c’est quoi cette petite vie
et c’est quoi toutes ces maisons
où ils s’en vont
où ils s’en vont

Et l’autre fois je te croise dans la rue
et tu me dis même pas bonjour
et je sais je fume trop au café je meurs tous les jours
et tous les jours de l’année
c’est la nuit qui vous prend
est-ce que tu sens le vide sous nos pieds
est-ce que ce vide là tu le sens
quand je t’embrasse
quand je t’embrasse

Alors saute-moi au cou
allez dis-moi que la vie est belle
allez saute moi au cou
que c’est pas dans cette vie que l’on paye
et cette musique je l’aime beaucoup
on n’a pas l’ même âge mais c’est pareil
on ira tous les deux jusqu’au bout
on ira tous les deux jusqu’au bout
je sais qu’ tu m’aimes
ça je l’ sais que tu m’aimes

Et dans 150 ans

Et dans 150 ans, on s’en souviendra pas
De ta première ride, de nos mauvais choix,
De la vie qui nous baise, de tous ces marchands d’armes,
Des types qui votent les lois là bas au gouvernement,
De ce monde qui pousse, de ce monde qui crie,
Du temps qui avance, de la mélancolie,
La chaleur des baisers et cette pluie qui coule,
Et de l’amour blessé et de tout ce qu’on nous roule,
Alors souris.

Dans 150 ans, on s’en souviendra pas
De la vieillesse qui prend, de leurs signes de croix,
De l’enfant qui se meurt, des vallées du tiers monde,
Du salaud de chasseur qui descend la colombe,
De ce que t’étais belle, et des rives arrachées,
Des années sans sommeil, 100 millions de femmes et
Des portes qui se referment de t’avoir vue pleurer,
De la course solennelle qui condamne sans ciller,
Alors souris.

Et dans 150 ans, on n’y pensera même plus
A ce qu’on a aimé, à ce qu’on a perdu,
Allez vidons nos bières pour les voleurs des rues !
Finir tous dans la terre, mon dieu ! Quelle déconvenue.
Et regarde ces squelettes qui nous regardent de travers,
Et ne fais pas la tête, ne leur fais pas la guerre,
Il leur restera rien de nous, pas plus que d’eux,
J’en mettrais bien ma main à couper ou au feu,
Alors souris.

Et dans 150 ans, mon amour, toi et moi,
On sera doucement, dansant, 2 oiseaux sur la croix,
Dans ce bal des classés, encore je vois large,
P’t’être qu’on sera repassés dans un très proche, un naufrage,
Mais y a rien d’autre à dire, je veux rien te faire croire,
Mon amour, mon amour, j’aurai le mal de toi,
Mais y a rien d’autre à dire, je veux rien te faire croire,
Mon amour, mon amour, j’aurai le mal de toi,
Mais que veux-tu ?…

Les Petits Bateaux

Pourquoi le temps qui passe
nous dévisage et puis nous casse
pourquoi tu restes pas avec moi
pourquoi tu t’en vas
pourquoi la vie et les bateaux
qui vont sur l’eau ont-ils des ailes
pourquoi les avions s’envolent
bien plus haut que les oiseaux
pourquoi que les étoiles
sont-elles là-haut suspendues
pourquoi le ciel est si haut
pourquoi alors

Et un autre jour s’en va
tourne et tourne et ne s’arrête pas
et un autre jour s’en va
dans cette petite vie
je voudrais pas crever d’ennui

Regarde le vent emporte tout,
même ce qu’il y a de plus beau
et les sourires et les enfants
avec les petites bateaux
pourquoi même
les nuages veulent pas rester ici
si j’étais eux je marcherais vite
je ferais pas d’économies

Et un autre jour s’en va
tourne et tourne et ne s’arrête pas
et un autre jour s’en va
dans cette petite vie
je voudrais pas crever d’ennui

La route de nuit

Rêver d’océans
rêver de pur-sang
mais on est dans le dur
pour cette vie c’est sûr
et après
et après
qui sait

La peau sur les os
et la croix dans le dos
et des routes de nuit
et des gens blanchis
et des rêves
mais qu’on en crève
et pour rien
puisque tout tient
dans la main

Je me suis réveillé ce matin
pour la rose d’un jardin
au coeur humain
encore humain
à l’appel de nos noms on revient
comme on revient
et pourquoi
juste pour connaître la fin

Qu’on est loin des Amériques
qu’on est loin des Amériques
Je me suis perdu un million de fois

Schengen

Je suis parti d’un bout du monde
J’étais trop grand pour me courber
Parmi les nuages de poussière
Juste au bord de la terre
Et j’ai marché le long des routes
Le ventre à l’air dans le ruisseau
Et même que le vent nous écoute
Et la pluie va tomber bientôt

Ce que j’ fais là moi
Je sais pas
Je voulais juste marcher tout droit
Ce que j’ fais là moi
Je sais pas
Je pense à toi depuis mille ans

Tellement de nuits sous la paupière
Tellement de forêts abattues
Même sous la mitraille et le fer
Moi je leur ai rien vendu
Et que même dans l’espace Shengen
Ils ont pas voulu de ma peau

Ce que j’ fais là moi
Je sais pas
Je voulais juste marcher tout droit
Ce que j’ fais là moi
Je sais pas
Je pense à toi depuis mille ans

C’est pas la croix pas la manière
Et puis la terre on y revient
Moi j’ai un orgue de barbarie
Et je vais pourrir leur pays
C’est pas avec la bombe atomique
C’est pas avec le tour de France
Qu’ils me mettront de leur côté
Quand j’aurai fini ma croissance

Ce que j’ fais là moi
Je sais pas
Je voulais juste marcher tout droit
Ce que j’ fais là moi
Je sais pas
Je pense à toi depuis mille ans

Peut être a t’il révé

Il vit très bien sans elle
la ville n’a pas changé
le matin il descend
comme on donne à manger
à un petit enfant
son ventre se rappelle

Puis il ouvre un journal
sans le vouloir vraiment
tout ça lui est égal
un morceau de métal
dans sa gorge est planté
mais il semble vivant
peut-être a-t-il rêvé

Comme dans un songe on croit trouver de l’or
au matin au réveil
c’est un peu de soleil
fondu au matin

Il vit très bien ainsi
comme dans un flocon
qu’importe le flacon
pourvu qu’il ait l’ivresse
alors il se redresse
peut-être a-t-il rêvé

Comme dans un songe on croit trouver de l’or
au matin la tendresse
c’est un corps dans les draps
qui dort au matin

Il sait qu’elle reviendra
la chambre n’est pas faite
comme quand elle était là
brûlure de cigarette
sur le meuble de bois
peut-être a-t-il rêvé

Comme quand on croit que tout peut arriver
au matin au réveil
c’est un peu de soleil fondu
au matin au réveil

La ballade du pauvre
Je suis là chaque matin
comme ça sur le chemin
à regarder le jour qui va et qui vient
à tendre la main

Et je vis sous un pont
probable que j’aime pas les maisons
ma vie je l’ai quittée
c’était il y a longtemps
peut-être un été

Ô mon vieux je suis noir
et du soir au matin
plein comme une malle-cabine
raide comme un passe-lacet
je connais même plus mon nom

Je n’restarai pas trop tard
j’aime mieux aller ailleurs
là où ce s’rait pas pire peut-être même meilleur
on peut toujours rêver

Non non non non
bien content de partir
non non non non
j’espère ne pas revenir

Ils m’ont trouvé un matin
raide comme un parchemin
avec dans les poches
deux trois souvenirs rien d’autre qu’une broche

M’ont mené en camion
dans un genre de maison
où ils m’ont disséqué mon vieux
Tu pouvais pas t’nir guère plus longtemps
qu’ils disaient qu’ils disaient qu’ils disaient
c’est pas brillant

Non non non non
bien content de partir
non non non non
j’espère ne pas revenir

Je suis là chaque matin
comme ça sur le chemin
à regarder la vie qui va et qui vient
qui colle à la peau

Et je m’en vais ce soir
je finirai bien quelque part
loin des lits en papier de mes pieds blessés
de leurs cheminées noires
du vent du soir
non non non non…

Funambule

Instrumental