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Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans une tournée acoustique ?
 J’ai décidé ça le premier jour (le 7 novembre 2008, ndlr) de ma tournée des Zénith, à Nantes. Je trouvais que c’était écrasant, on était cinquante sur la route, on jouait dans des salles énormes. J’avais besoin de faire une démarche inverse : être seul sur scène, pouvoir changer de programme tous les soirs.
À quoi cela ressemble ?
 C’est proche du laboratoire, il y a plein de pédales, des machines que j’ai ramenées d’un peu partout, des vocodeurs, des projections d’images.
Une démarche donc différente de vos concerts acoustiques au Châtelet en 2006…
 Le Châtelet arrivait à la fin d’une tournée électrique, je voulais me mettre dans la peau du chanteur, j’ai mis un costume, j’avais de très bons musiciens, je chantais dix chansons à moi et dix reprises. Là, je suis seul, habillé comme un bûcheron, je joue dix nouveaux morceaux par soir, une ou deux reprises maximum.
D’où l’appellation « Funambule » ?
 Il y a tellement de choses à faire avec les pieds qu’il ne faut pas – au sens propre du terme – tomber. Pour la première fois de ma carrière, je suis obligé d’être sobre. J’ai interdiction de boire pendant tout le concert, ne serait-ce qu’un seul verre, au risque d’altérer mon sens du tempo. Comme je dois penser aussi aux paroles de dix nouvelles chansons, je n’ai pas intérêt à me planter.
Quel recul avez-vous sur la tournée « Je sais que la terre est plate », plus courte sur la durée que celle de « Caravane » ?
 Déjà l’album a moins bien marché. Ensuite, on a fait tous les Zénith. Pour Caravane, on n’avait pas fait de grosses salles, on avait juste joué en fin de tournée dans les Zénith de Lille et Paris. J’ai préféré artistiquement la tournée Je sais que la terre est plate.
« Ce disque sera plus brut
que les deux précédents »
Vous débarquez là sans actualité…
 Cette petite tournée tombe bien, c’est vrai. Je fais très peu de promo, je ne dépends pas de radios, je ne suis pas obligé d’interpréter des chansons que je n’ai pas envie de jouer. Je veux juste prendre mon pied et essayer de communiquer ça aux gens.
D’être moins médiatisé vous permet-il d’avoir un nouveau souffle ?
 Bien sûr. Cela donne plus de liberté artistique. En même temps, quand on fait un disque et qu’on en est fier, on est content que les gens s’y intéressent. J’espère donc toucher le public au prochain album et ne pas laisser indifférent.
Où en êtes-vous de ce disque ?
 J’ai enregistré dix-sept titres en novembre-décembre dernier avec Adrien Utley, guitariste de Portishead dont je suis très proche et avec qui j’avais travaillé sur mon deuxième album La réalité.
Il m’a proposé quelque chose de doux mais radical.
Quelle direction allez-vous prendre ?
 Ce disque sera plus brut que les deux précédents. J’avais tendance à faire de la musique un peu péruvienne, mais j’ai tué le Péruvien qui était en moi (rires). C’est un travail pénible, mais j’y arrive. Il y aura un retour au blues, au rock et aussi à des ambiances plus mystérieuses. Je délaisse un peu le format « chanson » et je veux que chaque texte raconte quelque chose d’important. Une notion de politique va également s’incruster dans le disque. Je dois encore enregistrer neuf titres en avril, donc je ne sais pas ce qui restera au final.
Vous venez de tourner le film « Ces amours-là » sous la direction de Claude Lelouch. L’expérience vous a-t-elle plu ?
 Totalement. J’ai trouvé que Lelouch était un mec extrêmement attachant, habité. Il donne beaucoup de conseils sur le sentiment de la scène, tout m’est apparu d’une limpidité désarmante. Le personnage est loin de moi puisque je joue un étudiant pendant la Seconde Guerre mondiale. Cela m’a libéré de plein de choses. Et puis j’ai beaucoup regardé comment il procédait. C’est un de mes grands rêves de réaliser un film un jour.

PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr