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A 34 ans, Raphaël signe le meilleur album de sa carrière avec Pacific 231.

Photo : N.Richoffer/Metro

Comment avez-vous vécu l’accueil mesuré de votre disque précédent, « Je sais que la Terre est plate » ?
J’avais essayé de faire un disque différent, peut-être que je n’y suis pas arrivé suffisamment… J’étais entre deux eaux, j’ai donné ce que j’avais en moi, et c’est vrai que l’album était moins bon. Mais il y avait quand même quelques bonnes chansons !
« Pacific 231 » est-il le fruit d’un travail plus abouti ?
J’ai travaillé pendant des mois sans trouver la clé. Avant d’écrire le moindre mot, il y a tout un processus nécessaire. En tout cas, on pourrait avoir l’impression qu’il a été écrit en une nuit et j’aime bien cette idée.
L’ombre d’Alain Bashung plane sur le disque…
Je l’ai croisé avant de commencer mon album, j’ai beaucoup aimé son esprit de liberté. Il a toujours fait partie de mes influences et je pense qu’il aurait pu chanter certaines des chansons de l’album, notamment “Locomotive”. Après, je n’aimerais pas qu’on ait l’impression que je l’ai copié. Je n’avais pas fait le rapprochement avant qu’on me le dise. C’était déjà en moi sur les disques précédents.
Avec le titre “Le Patriote”, on vous découvre très engagé….
Cette chanson en dit beaucoup sur l’idée de liberté. Aujourd’hui, il y a un système qui lisse tout et qui fait qu’on s’emmerde un peu. Le monde n’est pas très marrant, il faut tout le temps être sérieux. Je voulais montrer qu’on pouvait se détendre un peu, être un peu potache comme l’étaient Dutronc ou Renaud. Cette chanson dit des choses fortes mais ce n’est en aucun cas un programme politique. C’est surtout un engagement contre les beaufs, l’avis du café du commerce et les justiciers d’Internet. C’est parce que j’adore la France que j’ai écrit ce titre. Il y a aussi un peu de provocation parce que j’aime bien ce personnage qui crache dans la soupe et qui critique tout. Ce n’est qu’une chanson et ce n’est pas le lieu du débat politique. Ce qui me faisait marrer, c’était de tenir des propos de mauvaise foi qui traduisent quand même profondément ce que je pense. Mon avis n’est pas plus intéressant que celui d’un autre. J’ai aucune autorité morale, j’ai même une moralité assez douteuse dans la vie. Si j’étais au pouvoir, il y aurait des maisons closes partout, je laisserais tout le monde se défoncer et ce serait la révolution !
Le doute te fait avancer ?
Je suis en doute permanent et j’aimerais mieux en avoir rien à faire, être toujours cool. Je suis un éternel angoissé, mais je me soigne. J’essaie tout le temps de relativiser mais j’ai toujours l’impression que les choses vont être mal interprétées.
Un mot sur la censure de votre clip sur M6 ?
On ne pensait pas avoir fait un travail aussi subversif. On n’aurait jamais pu imaginer que le clip soit jugé choquant pour des gosses. Les nombreux commentaires postés sur le Net semblent hélas prouver le contraire. Avec Olivier Dahan, on voulait juste réussir quelque chose de planant et de joli. Peut-être qu’il ne correspond pas aux codes actuels. J’aurais vraiment bien aimé qu’il soit davantage diffusé.
Vous avez écrit trois chansons sur l’album de Zaz, la révélation de l’été…
Je l’avais vue chanter à Montmartre, c’était magnifique. Elle avait réussi à subjuguer tous les touristes en deux minutes. Sa façon de chanter la vie est bouleversante. Je suis très heureux qu’elle soit reconnue parce que c’est une fille sortie de nulle part qui mérite de réussir.
Vous avez tourné avec Lelouch dans « Ces amours là ». L’expérience vous a plu ?
C’était formidable, j’ai adoré parler avec lui, voir quelle passion il avait pour son art. Ça faisait longtemps que je voulais faire du cinéma et j’avais déjà reçu beaucoup de propositions. Ce n’était jamais le bon moment. J’ai appris le lâcher prise, l’oubli de soi. C’est un travail très intéressant sur l’abandon de l’égo. Si Lelouch me proposait demain de recommencer, je signerais tout de suite !