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Le jour où l’on rencontre Raphaël, il a l’allure de cet éternel jeune homme que l’on a croisé il y a douze ans.

À l’époque, Jean-Louis Aubert l’avait pris sous son aile et il se complaisait dans une variété-rock un brin ennuyeuse.

On sentait pourtant derrière ses albums que nous jugions décevants un potentiel pour s’aventurer vers les contrées fertiles d’un Bashung, avec lequel il a toujours partagé un goût de l’ivresse et du vertige.

Aujourd’hui, il signe Super Welter, belle surprise discographique de cette année 2012, qui doit autant à Arcade Fire qu’à Gérard Manset. Malgré son visage de poupin, ses yeux bleus, son teint pâle et sa «coolattitude», il a désormais l’âge qu’on l’appelle monsieur.

À 37 ans, tout lui réussit. Il est un artiste comblé : son succès ne faiblit pas et son nouvel album est promis à un bel avenir commercial.

Mais Raphaël Haroche, à l’état-civil, est aussi un homme épanoui dans sa vie personnelle. Il se dit être «de plus en plus heureux » et «amoureux comme au premier jour». Père d’un petit garçon de 4 ans, Roman, il forme depuis onze ans, avec l’actrice Mélanie Thierry l’un des couples les plus glamour du milieu artistoque.

Quelle signification donnez-vous au titre de votre nouvel album, Super Welter ?
C’est une catégorie de poids en boxe, entre 66 et 70 kg. Ce disque, c’est un peu un carnet de bord d’un an de vie. Je me suis inscrit dans un club de boxe dans le 17ème arrondissement. Un copain m’a dit : « Tu vas voir, ça ne va t’apporter que du bien.» Je suis un débutant, je ne combats pas, j’aurais trop peur de me faire démolir si je montais sur un ring. En fait, je ne porte les coups qu’avec les professeurs qui font très attention à ne pas vous faire mal. Je n’ai pas de violence en moi. La boxe est un sport vraiment très élégant, très souple, très noble. Mais Super Welter veut dire aussi, super tourbillon. Franchement, je viens de vivre une sacré année: belle, riche, pleine…
Comment qualifieriez-vous ce sixième album ?
C’est un album plus urbain, plus parisien, plus mélodique, plus facile d’accès, plus commercial, plus joyeux.J’ai loué un appartement en face de chez moi. J’ai fait une grosse liste de matériels à acheter, j’ai installé un lit, un bureau, une cafetière et j’ai commencé à écrire.Ensuite, j’ai appelé Benjamin Lebeau, du groupe français The Shoes. Il est chaleureux et drôle, Cet album a été fait sans effort ni douleur.C’est un disque fait avec copain dans la plus grande simplicité. On disait : « Cette chanson est super, on la garde. » Ou : « cette chanson est pourrie, on la vire.» Six mois plus tard, on avait un album.
Comment se déroule le processus de création pour vous ?
Il n’y a pas de recettes immuables. Généralement, je commence à la guitare ou au piano et j’essaie de trouver une ou deux lignes mélodiques sur lesquelles je pose quelques mots.Je suis particulièrement sensible à la mélodie. Si elle me met dans un état d’euphorie et qu’elle me retourne, cela veut dire que je suis dans la bonne direction.Je fais confiance à mon instinct. Maintenant, si le texte est naze, ça n’en vaut pas la peine évidemment.
Super Welter est un disque qui parle d’amour, sujet universel et intemporel…
Pacific 231 était plus politique, plus ouvert sur le monde. Là, je me suis concentré sur l’amour, le sujet que je connais le mieux.L’amour est un vrai combat, un sujet d’observation inépuisable dont on doit être digne à chaque instant.
À quelle préoccupation répond aujourd’hui l’envie d’écrire des chansons ?
J’essaie d’écrire des chansons aventureuses, de faire passer des messages aux gens que j’aime, et au delà, d’écrire une forme de poésie.
Super Welter est sans doute votre album le mieux accueilli par la presse. La reconnaissance critique est-elle importante pour vous ?
Cela fait plaisir d’avoir de bons papiers, car lorsque l’on me dit que je suis une merde, je le crois forcément.
On vous compare souvent à Alain Bashung. Est-ce encombrant?
Les compliments, c’est embarrassant, mais les injures sont encore plus gênantes. Jamais, je n’aurai cette vision, cette évocation qu’Alain Bashung a eue. Il est simplement une influence.

 

Si on vous avait dit en 2000, date de parution de votre premier album, que vous seriez toujours là douze ans plus tard, vous l’auriez cru?
je voulais déjà être chanteur mais je ne savais comment faire. J’ai fait des études mais j’y ai perdu mon temps. Cela ne m’intéressait pas, donc je n’étais pas bon élève. Jusqu’à 22 ans, je pense que j’étais lâche. Puis un jour, je me suis dit:« Quoi qu’il arrive, je ferai de la musique. » Savoir que seule la musique comptait me rendait heureux. Aujourd’hui, j’ai de la chance que cela marche. Mais, comme en amour, c’est un recommencement à chaque fois. Si demain je n’ai plus de succès, je peux vous dire que cela me fera terriblement mal, je serai même très triste car je ne suis finalement qu’un mec qui fait de la musique.