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Déjà avec ton album «Super-Welter», les médias avaient annoncé une rupture avec les précédents. Aujourd’hui encore, ils parlent de rupture. Décidément…
«(Rires). Oui, il faut croire qu’on est en rupture permanente. Je crois qu’on dit cela depuis tout le temps, à la sortie de chacun de mes disques, pour une raison que j’ignore. Bon, après, c’est dit d’une manière positive. Peut-être que les gens s’attendent à ce que les chanteurs fassent toujours les mêmes disques. Personnellement, je n’aime pas faire toujours la même chose. J’essaie à chaque fois de réinventer, et je trouve que c’est important pour un musicien d’être créatif.»
C’est également une question d’évolution personnelle. Tu vas bientôt avoir 39 ans et tu es papa de deux garçons.
«Évidemment. Mais peut-être qu’un jour, je referai des disques dans le style de ce que je faisais avant. Je pense que les gens qui m’aiment bien vont bien aimer ce disque. Ils ne vont pas se dire ‘c’est quoi encore ce bazar’ (en prenant un accent).»
Les retours de tes fans sont positifs?
«Oui, je crois. Après, il y a toujours ceux qui diront que c’était mieux avant. Mais j’ai l’impression que les gens aiment bien. Et puis, moi j’aime bien! J’aime plus que bien, je trouve ça super, j’adore!»
Cet album parle de l’enfance. Quel a été l’élément déclencheur? Le fait de devenir papa?
«Cela faisait longtemps que je voulais écrire un disque qui parle de l’enfance. Je trouve que c’est émouvant, violent et fort de parler de cette période de la vie. Je cite souvent une phrase de Brel: ‘L’homme passe sa vie à compenser son enfance’. Elle résume tout. On crée des anticorps par rapport à ce qui s’est passé quand on était enfant. On est en réaction par rapport à cela. Tout ce qu’on essaie de prouver vient de sa propre enfance.»
Pour toi, l’enfance n’est pas un long fleuve tranquille.
«Non pas du tout. Je ne sais pas comment s’est passée ton enfance mais moi, j’ai eu des angoisses violentes, j’avais beaucoup de questions auxquelles je n’avais pas de réponse. Mais bon, il y a encore beaucoup de choses auxquelles je n’ai pas de réponse aujourd’hui! (rires) Je ne suis pas nostalgique de mon enfance, pas du tout! Par contre, j’adore revivre ce moment avec mes enfants. Ça m’éclate.»
Que voulais-tu faire passer comme émotions dans ce disque?
«C’est un mélange de choses. Je veux juste mettre de la joie dans ce que je fais. C’est vrai que j’ai une voix un peu mélancolique, et quand tu mets 45 enfants à haute énergie au-dessus de ma voix, c’est merveilleux. Ça fait du bien à tout le monde, c’est agréable. Ensuite, il y a des choses qui sont très personnelles, des observations. Par exemple, mon fils est somnambule. Mais le somnambulisme raconte beaucoup de choses. C’est aussi rêver tout en étant réveillé, comme le font un peu les artistes ou les enfants.»
Cet album, c’est aussi une rencontre avec une quarantaine d’enfants. Comment ça s’est passé?
«Je suis allé voir la directrice d’une école située pas loin de chez moi. Je savais que c’était une école un peu plus artistique que les autres. J’ai commencé à répéter avec les enfants. Un jour, je suis venu, avec un copain, jouer de la guitare. Une autre fois, avec un beatboxer. Et puis, on a enregistré l’album en un après-midi. On a terminé par jouer tous ensemble du piano. C’était délicieux.»
Tu les croises encore?
«Oui et ils me demandent: ‘Ça sort quand ton truc?’. C’est trop marrant. Ils sont super cool.»
Ils ont compris les textes de ce qu’ils chantaient?
«Je crois que oui. Il est arrivé que certains me demandaient ‘De quoi tu parles au juste’. Il y a un texte où je dis: ‘Pourquoi ne suis-je pas né en 1837. Les forêts de Paris’. Ils me disent: ‘Et quoi en 1837, qu’est-ce qui s’est passé?!’ (rires). Sinon, oui je crois qu’ils ont compris. Ce n’est pas une chorale. Donc, certains chantaient, d’autres pas. Tu voyais qu’ils étaient émus de participer, même si leur voix n’était pas là. Je les regardais et je sentais qu’ils étaient là.»
Pourquoi ne pas avoir choisi une ‘vraie’ chorale?
«Je voulais que cela se passe dans la vie, dans la vie d’une classe ici en l’occurrence. Que les gosses se connaissent, qu’ils soient ensemble tous les jours, qu’il y ait une sorte de fraternité entre eux. Il y a une chanson qui dit ‘je te porte sur mon dos’. Tout ça, ça parle d’amitié très fort, il faut qu’ils soient des amis forts. Quand tu es dans une classe du matin au soir pendant un an, les autres sont presque tes frères. Je trouve cela extraordinaire le lien qui réunit certains enfants. C’était également important que les enfants parlent entre eux, que cela soit un peu indiscipliné. Quand on enregistrait, le professeur demandait aux élèves de se taire, je lui disais que non, qu’ils pouvaient parler. Ça donne de la vie.»
Quelle forme va prendre le concert?
«Il y aura bien sûr des enfants. L’idée est de demander dans chaque ville au conservatoire ou académie de travailler avec leur chorale. On fera tous les jours la répétition à la balance juste avant le concert. Et après, chacun se démerde. Bonne chance! Ça sera comme un petit spectacle de fin d’année tous les soirs, ça va être génial.»
Tu ne flippes pas?
«Non, ça va être super. Il y a aura des soirs où ça va peut-être être un peu bizarre. Mais ça va être émouvant. Tu imagines des gosses qui montent sur scène pour la première fois!? Ça me réjouit! Sur tout le concert, il y aura huit ou neuf chansons avec les enfants. À mon avis, au début du concert, car après il faudra qu’ils aillent se coucher. Ça va être marrant. De la haute énergie!»

Maïté Hamouchi metrotime.be